A LIRE OU A VOIR :         
Les chansons que mes frères m’ont apprises (2015) de Chloé Zhao.

Ixcanul (2015) de Jario Bustamante.

Before they pass away, l’exposition du photographe Jimmy Nelson.

 


L’attachement particulier qu’ont les peuples isolés géographiquement pour leur terre est important.
Ceci-dit, le point de vue occidental a tendance à conférer, dans une bienveillante maladresse, un nécessaire attachement des peuples à leurs terres. Cette relation au sol, à priori éloignée de notre façon de penser notre espace, semble ainsi être le propre des peuples indigènes. Bien souvent, les médias et livres occidentaux auréolent cet attachement d’une belle morale, une humanité et une simplicité que nous, peuples occidentaux aurions perdues. Et de fait, si nous nous sommes éloignés de ce candide attachement à la terre, ce serait la cause de notre société avide de profit et de progrès, d’uniformisation dégénérée.

 

Une dichotomie nette se dessine dans le discours occidental: les peuples isolés auraient « tout compris » (Jean Malaurie, interview sur La Bibliothèque Médicis, LCP) car ils ont su garder la proximité avec leurs terre et nous, pauvres fous, aurions suivi la voie de l’uniformisation et oublié nos racines. Mais tout n’est pas si net, et de cette dichotomie résulte un certain malaise. Le discours de ceux qui entendent protéger les peuples a tendance à mythifier les individus indigènes, en proposant un type parfait et bien défini. Si cette mythification elle enferme ces populations, pourtant composées d’individualités, dans des cases bien définies. On a tous en tête l’image d’un Aborigène grimé de cent couleurs, ou d’un Papou avec un piercing qui lui laisse un trou béant à la lèvre. Or ces images ne dépeignent pas la réalité du quotidien des indigènes, dans la mesure où elles relèvent surtout de la tradition, qui ne fait pas l’unanimité parmi les âges – même si celle-ci tient une place plus importante que dans nos sociétés.

Les peuples souffrent de l’image que l’on veut bien leur donner, qu’elle soit idéalisée, figée ou bien dégradante. Les communautés indigènes ont bien évolué depuis que nous en avons eu connaissance: pour la plupart, ils sont maintenant connectés, portent des vêtements occidentaux, vont dans les villes,… Or, on aime à s’imaginer des peuples candides, libres de toute influence occidentale, comme des terres encore vierges de toute présence citadine. Il faut donc veiller à ne pas considérer les communautés comme des ensembles figés et hermétiques au progrès pour ne pas tomber dans le piège de la muséification et de la mythification. Ces peuples sont vivants et évoluent sans cesse.

On peut toutefois attribuer un point positif à ces images d’Epinal, qui ont au moins le mérite de contribuer à la préservation du patrimoine des communautés isolées.

Certains films s’attachent à dessiner les communautés telles qu’elles sont, comme Les chansons que mes frères m’ont apprises (2015) de Chloé Zhao, qui suit une petite fille grandir dans une communauté indienne du Dakota du Sud aux Etats-Unis, ou encore Ixcanul (2015) de Jario Bustamante.
Cependant, certains artistes n’ont pas cette sensibilité, et leur travaux sont assez controversés. C’est le cas de Jimmy Nelson et son exposition Before they pass away, pour laquelle il a photographié plus de 50 peuples. Il a été vivement critiqué pour avoir figé sur papier glacé ces ethnies, sans considérer les problèmes politiques qu’elles rencontrent.

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