« Une langue meurt tous les quinze jours, et avec, c’est une partie de notre intelligence mondiale qui disparait » nous alerte Jean Malaurie dans sa Lettre  à un inuit de 2022 (Fayard, 2015). La langue semble ainsi être le voyant d’alarme qui annonce la disparition d’une société. Elément indissociable de l’identité, le langage est une question à la fois centrale et transversale de notre projet.

      Il existe des milliers de langues dans le monde, et autant de spécificités qui sont le relief de l’humanité. Si les spécialistes s’efforcent de faire un décompte qui soit le plus précis possible afin de prévenir la disparition des langues, la rencontre avec les derniers détenteurs de ces savoirs est parfois délicate. Souvent, les langues menacées ne sont transmises qu’oralement, et l’absence de dictionnaire écrit complique le recensement.

     Par ailleurs, les individus concernés par cette menace ne sont pas nécessairement conscients de la gravité de la disparition de leur langue et privilégient la facilité à la préservation de cette culture. C’est notamment le cas dans certaines communautés guaranis,  où les couples bilingues (entre deux types de langues guarani) préfèrent communiquer en langue guarani commune et n’inculquent pas à leurs enfants leurs langues maternelles. C’est ainsi que des langues disparaissent. Pour mieux comprendre ce phénomène, vous pouvez lire l’interview du linguiste Claude Hagège, parue en 2000 dans l’Express dont l’extrait ci-dessous donne des éléments d’explication:

L’Express: Comment meurt une langue?

Claude Hagège: Elle est généralement la victime d’une autre langue dominante, propre à ceux qui possèdent le pouvoir et l’argent ou s’imposent par l’armée, les médias, l’école; cette autre langue dispose d’une hégémonie politique, économique, sociale, et, surtout, elle a du prestige. […]
Il y a donc des langues prédatrices, en somme, qui dévorent les autres.
Prédatrices, grâce à leur prestige. D’abord, il y a coexistence des deux langues, celle du foyer et celle de la rue. C’est un bilinguisme inégalitaire qui n’a rien à voir avec le bilinguisme des enfants de la bonne bourgeoisie française qui vont étudier aux Etats-Unis. Vient un moment où la langue tribale ne paie plus, ne valorise plus l’identité, et on l’abandonne… Actuellement, beaucoup de langues en sont au premier stade, encore vivantes, mais limitées au foyer.

La préservation des langues est ainsi essentielle à plusieurs échelles:

  • A l’échelle des peuples concernés, tout d’abord. Maintenir une langue vivante, c’est une façon pour les peuples de résister à l’uniformisation et de pouvoir revendiquer la légitimité de leur présence sur leurs terres. C’est ce qu’indique le rapport de l’UNESCO pour la préservation des langues en danger.
  • A l’échelle mondiale, ensuite. Conserver les langues menacées d’extinction, c’est lutter contre la disparition d’une partie de notre patrimoine immatériel mondial. Comme le rappelle Claude Hagège dans l’article: « Une langue qui disparaît, ce ne sont pas seulement des textes qui se perdent. C’est un pan entier de nos cultures qui tombe. Avec la langue meurt une manière de comprendre la nature, de percevoir le monde, de le mettre en mots. Avec elle disparaît une poésie, une façon de raisonner, un mode de créativité. C’est donc d’un appauvrissement de l’intelligence humaine qu’il est question. » Chaque langue renferme une façon de penser le monde, c’est cela qu’il importe de préserver.

 


 

CE QUE NOUS VOULONS FAIRE:

A notre niveau, nous aimerions mieux comprendre

  • Rencontrer des descendants ou des proches de personnes (ou ces personnes elles-mêmes) qui détenaient (ou détiennent) la connaissance de langues qui ont disparu (ou sont sur le point de disparaitre.
    L’enjeu serait d’appréhender leur attachement (ou non) à leur langue afin que celui-ci ressorte dans nos vidéos d’interviews.
  • Apprendre (nous prenons des cours de guarani à l’approche du départ) tant que possible les langues sur lesquelles nous allons travailler.
    Il s’agit de mieux ressentir la spécificité des langues inconnues, qui sont souvent bien éloignées de nos langues latines, et ainsi l’importance de leur préservation.
  • Sensibiliser les jeunes des peuples en question qui sont souvent assez peu concernés par la disparition de leur langue et ne cherchent pas à transmettre les langues régionales à leurs enfants.
    Nous allons effectuer un travail dans les écoles, afin de réaffirmer l’importance de la pérennisation des langues.
  • Informer les jeunes occidentaux, via notre blog et via le documentaire. Ce sont eux qui vont pouvoir aider à changer les choses et à raviver les langues disparues.
    La question de la disparition des langues souffre d’un manque de relai dans les médias français et internationaux (la dernière fois que nous avons entendu parler de langage en danger, c’était chez Jean-Pierre Pernaut et son envoyé spécial à La Réunion, ou sur le Breton, langue en danger « DIRECTION LA BRETAAAGNE » – émission de 2011, le sujet finit par une allusion à Nolwenn Leroy, hum hum)

 

LIEUX : Brésil (Guarani) et Nouvelle Calédonie (16 langues en danger et une éteinte il y a peu, le Sishee)